Blog Mesh
Dans le droit fil des projets architecturaux, DPA conduit un important travail de recherche sur les matériaux, et utilise notamment très tôt les mailles métalliques. Depuis près de 20 ans, à travers une collaboration étroite avec des industriels, de nouveaux types de tissage et des technologies spécifiques de mise en œuvre ont été mis au point, déclinant les applications textiles de la maille métallique – habit de façade, tissus technique, vêtement d’intérieur, filtre – enrichissant d’autant le vocabulaire et l’expérience de l’espace.




La
maille est un matériau qui a cette espèce de qualité, ou somme de
qualités, d’être un matériau souple mais en même temps doué d’une
structure puisque c’est un tissage avec des câbles. C’est donc un
matériau d’architecture. A partir du moment où il y a structure, on peut
donc le suspendre, on peut le tendre, on peut vraiment construire avec.
Il a donc cette rigueur, mais il a en même temps cette formidable
poésie et presque immatérialité de pouvoir être présent, absent, suivant
les lumières, que ça soit la lumière naturelle ou bien l’illumination
artificielle.
Pourquoi la Mesh? Parce qu'au-dela de son sens commun, de son
utilisation banale, le mot mesh ouvre la porte à une Infinité de
possibles, Littéralement, le mot mesh signifie "maille", voire "toile
métallique". Évident, évidence. Justement, peut-être trop évident. Dès
l"instant qu'on s'aventure dans toutes les acceptions possibles du mot,
l'oeuvre de Dominique Perrault s'éclaire, traverse la maille se
transforme en élément structurant. Selon ses usages el ses
qualificatifs, mesh devient tour à tour "réseau", "filet", ou encore
"coordonner", "être en Prise"..... Il lui aime même d'aller jusqu'à
"engrener" des roues dentées. Autant dire que la boucle est bouclée, et
que mesh est plus que constitutif de la pensée el de L'action de
Dominique Perrault, tout comme il l'est de la raison d'être et de
l'activité des frères Kufferath. Mesh est l'histoire de la rencontre
entre une pensée et une technique, débouchant non pas sur la création de
nouveaux matériaux, mais bien sur l'invention d'une matière aux effets,
aux usages, aux résonances, aux développements inattendus. Une matière à
la réalité plus encore dialectique, discursive, scripturale,
émotionnelle, sensitive que seulement physique.
La France, on le sait, est un pays de culture béton, héritage corbuséen
oblige. L'art est de faire rimer prouesse avec finesse. Autant de voiles
de béton ... Mais si cette matière a pu faire vibrer des générations
d'architectes, elle n'a pas su enflammer Dominique Perrault, flambeau de
la jeune architecture des années 80 qui, lui, a choisi d'emblée une
autre voie: celle du tissage. Car, avant de remporter, à l'âge de 35
ans, « le » concours du plus grand projet de François Mitterrand, il
avait fait son entrée sur la scène architecturale en 1987 en signant
l'école d'ingénieurs ESIEE à Marne-la-Vallée; un bâtiment parfaitement
identifiable vu d'avion: un clavier d'ordinateur géant. Là n'est pas le
seul intérêt de ce bâtiment emblématique, car l'entrée tout comme
certains de ses plafonds sont traités en textile, d'après une technique
dérivée de la voile et autres bateaux de course. Perrault avait ainsi
tissé sa première maille ... Indéformable en PVC. À ce moment-là, il ne
se doutait pas qu'il aurait à développer ce genre de transfert à de très
grandes échelles. Première opportunité: la Bibliothèque nationale de
France à Paris où il faut bien, vu la taille « XXXL » du projet, trouver
des solutions « industrielles ». Mais si le textile est bel et bien
présent dans ce monument - notamment d,ans la salle de lecture des
livres rares et précieux où deux bandes de PVC blanc sont unies par
laçage - il ne pouvait être déployé sur de grandes surfaces, contrainte
incendie oblige. Usure et résistance furent les deux autres critères de
choix de la maille d'acier. Pas moins de trois années ont été
nécessaires pour mettre au point cette technique jamais appliquée dans
le bâtiment. L'enjeu était d'opérer ce transfert de technologie en
s'adaptant au prix de la construction. C'est le fruit d'une
collaboration exceptionnelle entre un architecte et un industriel, le
numéro un mondial du tissage GKD, une entreprise allemande de la Ruhr
qui s'est ouvert, au passage, un insoupçonnable marché. Restait à
réaliser un test. Le petit bâtiment des Archives départementales de la
Mayenne à Laval (une boîte de bois accolée à une boîte de pierre;
1989-1993) a été le champ d'application d'une maille tissée suspendue
dans la salle de lecture. Essai convaincant. Le grand rideau de métal a
de la tenue. Pas un pli, et assez de noblesse pour former une belle
courbure. La Bibliothèque nationale de France est à elle seule un
catalogue de déclinaisons de ce principe de maille, de l'architecture au
mobilier. De l'extérieur à l'intérieur, autant de tressages dans les
espaces qui, inlassablement, cherchent à établir le dialogue entre la
chaleur du bois et la froideur de l'acier et du verre.
En 1992 GKD,fabricant de tissus de fils métalliques ayant des usines en
Allemagne, aux États-Unis, en Espagne et en Afrique du Sud, établit un
premier contact avec Dominique Perrault pour s'efforcer de l'assister
dans son intérêt et sa recherche sur les tissus métalliques devant être
utilisés dans l'architecture, plus particulièrement en ce qui concerne
le design intérieur de la Bibliothèque nationale de France. Dans des
projets précédents, Perrault avait déjà travaillé avec des tissus
synthétiques. Mais, pour la bibliothèque, seuls des produits
ininflammables, comme les produits métalliques, pouvaient être acceptés.
Des aspects techniques très intéressants concernant les mailles d'acier
inoxydable ont été découverts tels que la résistance, la durabilité, la
rigidité sous tension, l'entretien, les propriétés acoustiques, etc.
Les tissus métalliques résolvent souvent simultanément plusieurs
problèmes fonctionnels dont l'architecte devrai,dans le cas contraire,
se préoccuper au cas par cas.